Principes de la permaculture


Un peu d'histoire :

Nos conceptions sont guidées par les principes de la permaculture, mais il n’existe pas de liste exhaustive. Pour comprendre pourquoi, nous avons besoin de connaître un peu l'histoire des origines de la permaculture. Retour dans les années 70. Bill Mollison, alors maître de conférences à l'Université de Tasmanie, en Australie, rencontre David Holmgren, étudiant à l’Institut Supérieur du Collège de Tasmanie.

Leur association, courte mais intense, a donné la base du concept de permaculture. Après la publication de Permaculture One – A Perennial Agriculture for Human Settlements** en 1978, ils se sont séparés. Le charismatiqueet parfois provocateur – Mollison a continué à développer le concept en publiant plusieurs ouvrages, y compris The Designer’s Manual (1988), puis une version concise, Introduction to Permaculture** (1991).

Pendant ce temps, Holmgren, resté un peu dans l’ombre, testait la théorie sur sa propriété, appelée “Melliodora”, à Hepburn Springs. Il refait publiquement surface en 1995 avec la publication de Ten Years of Sustainable Living at Melliodora, qui détaille ses propres expériences de la vie dans une petite ferme conçue en utilisant la permaculture. En 2002, il publie le livre de référence, Permaculture - Principes et Pathways Beyond Sustainability**, qui est rapidement devenu très populaire.

Si vous faites des recherches sur l'histoire de la permaculture et sur la relation entre ces deux hommes, vous serez parfois confrontés à des émotions et des opinions fortes. Vous trouverez certains formateurs en permaculture qui affirment utiliser les principes de Mollison et d'autres qui disent se baser sur les douze principes de Holmgren. Mais avons-nous besoin de les traiter séparément ou sont-ils complémentaires ?

Permaculture One, le seul livre qu’ils ont publié ensemble en1978, ne contient pas une liste explicite de principes, mais la grande majorité des concepts qui ont ensuite été incorporés dans la liste des principes, y sont décrits.

Principes de Bill Mollison :

Première liste de Mollison :


En 1988, Mollison a publié un livre intitulé, Permaculture: A Designers’ Manual (pas disponible en français). Bien que les “principes” n’apparaissent pas dans la table des matières, une section dans le chapitre 2, intitulé “L’application des lois et des principes à la conception” fait la liste de « certains principes de conception qui ont été condensés pour une utilisation dans la permaculture» Sous chaque rubrique se trouve une explication. 
1. Travailler avec la nature, plutôt que contre elle.
 
2. Le problème, c’est la solution.
Cette expression est un Mollisonisme” (une de ses idées favorites !) et elle implique que ce sont nos attitudes figées qui créent les problèmes alors que si nous envisageons tout comme une ressource positive, notre travail en tant que concepteurs revient alors à trouver comment nous pouvons les utiliser en tant que telle.

3. Limiter le nombre d’interventions pour obtenir le plus grand effet possible.
Par exemple, quand vous choisissez le site d’un barrage, sélectionnez la zone où vous aurez le maximum d'eau avec un déplacement de terre minimum.

4. Avec les informations – et la créativité… – nécessaires, le rendement d'un système est théoriquement illimité.
Je crois qu’il exagère ici ! Selon moi, ce qu’il voulait  vraiment  dire c’est que, avec plus d’informations et d’imagination, il est souvent possible d’obtenir un rendement encore plus grand et plus diversifié à partir du système prévu.


5. Tout est jardin :
Un autre Mollisonisme”, où il suggère que tout a un effet sur son environnement. « Lorsque nous examinons comment les plantes et les animaux changent les écosystèmes, nous pouvons trouver de nombreux alliés dans nos efforts pour subvenir à nos besoins et à ceux d'autres espèces. »

Dans cette même section, il mentionne « plusieurs considérations de conception pratique à observer. » La raison pour laquelle ceux-ci sont séparés de la liste de ci-dessus n’est pas claire pour moi, mais les voici :
  • Les systèmes que nous construisons doivent durer aussi longtemps que possible et avoir besoin du minimum d'entretien possible.
  • Ces systèmes, alimentés par le soleil, devraient produire non seulement de quoi subvenir à leurs propres besoins, mais aussi à ceux des personnes qui les ont créés ou qui les contrôlent. C’est cette double fonction qui fait qu’ils sont durables. 
  • Nous pouvons utiliser de l'énergie pour construire ces systèmes à condition que, dans leur durée de vie, ils stockent ou conservent plus d'énergie que nous n’en utilisons pour les construire et assurer leur entretien.

Deuxième liste de Mollison :

En 1991, Mollison a publié un manuel plus concis, Introduction à la permaculture. Le chapitre 1 est intitulé « Principes de permaculture ». Les titres de section énoncent les principes et chaque rubrique les explique. Heureusement, ce livre a été traduit en français par Jean-Luc Girard et Muriel Gasnier et publié par Passerelle Éco.


1. Emplacements relatifs : chaque élément est placé en relation aux autres.
Au cœur de la permaculture, il y a cette activité de conception appelée le design.  Le design, c’est la mise en relation judicieuse d’éléments entre eux. Ce n’est pas l’arbre, l’eau ou la poule qui compte, c’est la relation entre eux, que le permaculteur crée ou met à contribution… Mais pour permettre à un élément du site (un étang, la maison, un bois, le jardin ou un brise-vent) de fonctionner efficacement avec les éléments de son environnement, encore faut-il qu’il soit situé au bon endroit.

2. Chaque élément remplit plusieurs fonctions.
Chaque élément du système devrait être choisi et situé de manière à exercer le plus de fonctions possibles…

3. Chaque fonction est assurée par plusieurs éléments.
Les besoins vitaux comme l’eau, la nourriture, l’énergie et la protection contre le feu (ce dernier point nous rappelle qu'il écrit en Australie) devraient être assurés d’au moins deux manières différentes…

4. Efficacité énergétique.
Cette section comprend la planification de l'utilisation des zones, des secteurs et de la pente, les fondamentaux de la création d'une conception (design).

5. Utilisez des ressources biologiques.
Un système permaculturel utilise autant que possible les ressources biologiques, végétales et animales, afin de remplir toutes les fonctions de la ferme et économiser l’énergie lorsque cela est possible… Pour que ces ressources naturelles soient vraiment utiles, encore faut-il qu’elles soient bien gérées, c’est primordial… Les bonnes stratégies de gestion reposent souvent sur le choix du moment d’intervention.

6. Les cycles de l’énergie.
La permaculture vise ainsi à recycler, récupérer et augmenter l’énergie, et stocker et utiliser toutes les ressources avant qu’elle ne soient dégradées à leur état énergétique le plus bas et perdues à jamais… 

7. Des petits systèmes intensifs.
Il suggère que vous commenciez à petite échelle et que vous vous développiez uniquement au rythme où il vous est possible d’entretenir correctement le terrain que vous utilisez.

Il explique les concepts de l'étagement des cultures dans l’espace et le chevauchement des cultures dans le temps.

8. Accélérer les successions pour accélérer l’évolution.
Il parle de la préparation des terres pour la culture en utilisant un paillage avec des cartons et l'utilisation d'engrais verts, de paillis et de compost pour améliorer le sol.

9. La diversité.
Il loue les avantages d'une plantation diversifiée

La production d’une monoculture d’une espèce donnée est probablement plus élevée que n’importe quelle espèce au sein d’une conception permaculturelle. En revanche, la somme des différentes productions dans un système mixte est plus importante… Il explique “les associations” comme des combinaisons d’espèces autour d’un élément central, végétal ou animal… Ce sont des compositions et des positionnements d’espèces les unes par rapport aux autres, qui développent des synergies – ou du moins, ne créent pas de relations néfastes.

10. Effets de lisière.
Les lisières – les interfaces entre deux milieux – sont des zones aux biodiversités particulièrement riches et variées parce qu'elles partagent les ressources des deux systèmes. Il explique les différentes formes et vous encourage à maximiser les lisières dans vos conceptions.

11. Bonnes attitudes.
    Tout marche dans les deux sens : Chaque ressource peut être considérée à la fois comme un avantage ou comme un inconvénient selon l’usage que l’on en a… Les inconvénients peuvent être vus comme des problèmes, mais dans ce cas il faudra dépenser beaucoup d’énergie pour s’en débarrasser. L’alternative, c’est de les voir comme des ressources positives : c’est à nous d’imaginer comment en tirer profit. 

    La permaculture est un concentré d’information et d’imagination : Il avance que « ce qui détermine le rendement du site est la qualité de la pensée qui s’y applique et des informations qui inspirent sa conception. »

Douze principes de David Holmgren :

En 2002, Holmgren a publié, Permaculture - Principes et Pathways Beyond Sustainability **, dans lequel il énonce, puis explique avec un souci académique du détail, ses douze principes. Ils sont disponibles ici en français, sur son propre site.
 
Alors qu’il introduit ses 12 principes de conception, Holmgren dit que son groupe « varie considérablement de ceux utilisés par la plupart des autres enseignants de la permaculture»

Quel groupe de principes est le meilleur ? 

Vous verrez que les style de principes sont tout à fait différents, mais ils sont plus complémentaires qu’antagonistes. Je n’ai fait que les résumer ci-dessus et ils méritent une étude plus approfondie pour être pleinement compris et appliqués correctement. La lecture de ces deux livres (Introduction à la permaculture de Mollison et Permaculture : Principes et pistes d'action pour un mode de vie soutenable de Holmgren) est incontournable et si vous avez les deux, il n’est probablement pas nécessaire d'acheter Permaculture, tome 1 à mon avis.

D'autres ”enseignants” de permaculture ont depuis écrit leurs propres principes et j’ai l'intention de les traduire et de les ajouter à ce contenu dès que j’en aurai le temps. Ma prochaine tâche sera de traduire ceux de Patrick Whitefield, tirés de son livre The Earth Care Manual: A Permaculture Handbook for Britain and Other Temperate Countries, un excellent manuel (mon préféré) mais actuellement indisponible en français.

Les principes de Mollison décrits par le Central Rocky Mountain Permaculture Institute, aux États-unis.

Jean-Luc Girard du magazine La Passerelle Éco, m’a signalé les principes de permacultures décrits par le Central Rocky Mountain Permaculture Institute, aux États-unis. Ces principes ont été traduits par LPÉ et publiés dans leur intégralité dans les revues 15, 17 et 26. Ils sont disponible sur leur site dans une série de 13 articles : une pour l'intro et puis 1 par principe et il y a les liens vers les principes à la fin de l'article.

Je viens de parlé (par courriel) avec Jerome (fondateur et directeur du CRMPI) et il m'a dit que ses principes sont, à base, ceux de Bill Mollison, mais décrits et présentés dans un façon un peu differente, qui est toujours utile quand nous apprenons des nouveaux concepts.  

Ressources :


** Ces livres sont disponibles en français :

1. Permaculture One – A Perennial Agriculture for Human Settlements, Bill Mollison and David Holmgren.

= Perma-culture, tome 1. Éditeur : Équilibres d'aujourd'hui (1 mars 2006)

2. Introduction to Permaculture, Bill Mollison.


3. Permaculture – Principles and Pathways Beyond Sustainability, David Holmgren.
= Permaculture : Principes et pistes d'action pour un mode de vie soutenable, Éditeur : Rue Echiquier (21 août 2014)


 

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